Les plus belles traversées dans le massif des Ecrins

26 mars 2020
Partager sur :

Le Massif des Ecrins dans les Hautes Alpes a su garder un caractère sauvage, grâce à son Parc National créé en 1973 et à la faible présence des remontées mécaniques. Certains sommets ont été le théâtre de grandes ascensions, avec des personnages qui ont marqué l’histoire de l’alpinisme comme Edward Whymper à qui on doit la première de la Barre des Ecrins en 1864, plus haut sommet des Alpes du Sud. Le même alpiniste s’illustra l’année suivante avec la première ascension de l’Aiguille Verte dans le massif du Mont-Blanc et du mythique Cervin en Suisse.

Aujourd’hui, les Ecrins attirent de plus en plus d’alpinistes, à la recherche de courses de neige comme le Dôme de Neige des Ecrins ou le Pelvoux, de courses rocheuses courtes comme l’arête des Cinéastes ou plus longues comme l’arête Sud du Petit Pelvoux. Cependant, dès lors que vous sortez des classiques, vous aurez de grandes chances d’être seuls.

Le caractère sauvage et inaccessible des Ecrins se ressent d’autant plus en hiver où la route qui permet d’accéder au Pré de Madame Carle (point de départ de nombreuses courses) est fermée au village de Pelvoux. Les approches sont alors très longues, les grandes courses hivernales sont de ce fait moins courantes que dans le massif du Mont-Blanc.

Retour à la saison d’été, le but est de vous présenter 3 courses, traversant 3 sommets mythiques du massif. Le Pelvoux, La Barre des Ecrins et l’Ailefroide.

 

1) La traversée du Pelvoux

La traversée du Pelvoux est une course longue et variée, nécessitant une  bonne expérience de la haute montagne malgré sa faible difficulté technique. Il convient d’avoir une excellente condition physique afin de pouvoir faire face au dénivelé important cumulé sur les deux jours de course. Cette course est à réaliser en début de saison afin d’assurer au mieux la descente du glacier des Violettes et de minimiser les risques objectifs.

Le premier jour constitue la montée au refuge du Pelvoux depuis le village d’Ailefroide, 1200m de dénivelé. Le sentier débute par du faux-plat dans le vallon de la Nière pour s’échauffer en douceur, avant de quitter le sentier qui mène au refuge du Sélé, pour attaquer la montée raide vers le refuge du Pelvoux à 2700m d’altitude.

Mathieu le gardien vous y attendra et vous servira de quoi passer un deuxième jour en haute montagne ! Surtout que le réveil va sonner tôt !

Les cordées partant pour la traversée du Pelvoux démarrent leur journée habituellement à 3h30 car celle-ci s’annonce longue ! La montée classique est le couloir Coolidge, pente de 300m à 40° max qui permet de prendre pied sur le glacier du Pelvoux puis de  rejoindre la Pointe Puiseux à 3943m qui est le point culminant du Pelvoux. La descente s’effectue par le glacier des Violettes en général assez crevassé, ponctué par un ressaut nécessitant plusieurs rappels et/ou de la désescalade (bien se référer au topo et aux infos de Mathieu). L’itinéraire traverse ensuite le glacier sous le Couloir Chaud, passages exposés aux chutes de séracs. La descente se termine par les vires d’Ailefroide si vous retournez au point de départ ou bien par le névé des militaires pour gagner le Pré de Madame Carle.

 

 TOPO

https://www.camptocamp.org/routes/54079/fr/mont-pelvoux-pointe-puiseux-traversee-s-n

 

2) La traversée de la Barre des Ecrins

Cette traversée qui se déroule sur le plus haut sommet du massif est longue, sérieuse et très esthétique.

Elle permet de parcourir le sommet d’Est en Ouest et de redescendre par la voie normale.

Nous allons vous présenter ici une petite variante, permettant d’avoir une course très complète : La montée par le couloir de Barre Noire.Le départ se fait du refuge des Ecrins, que l’on rejoint depuis le Pré de Madame Carle en passant le refuge du Glacier Blanc et la remontée de ce dernier glacier. Damien vous accueillera et vous donnera toutes les infos nécessaires ! 

L’itinéraire de cette traversée est assez évident : Il faut rejoindre le pied du couloir de Barre Noire en traversant le glacier Blanc. Le couloir est généralement en neige dure en début de saison, avec souvent une sortie en glace. Attention, à partir de la mi-juillet on le retrouve souvent intégralement  en glace noire, ce qui augmente la difficulté ! Celui-ci est rectiligne sur 300m, avec une pente à 50° à sa sortie au niveau de la brèche des Ecrins. Il convient ensuite de poursuivre jusqu’au pied de l’arête de la Barre, puis de rejoindre celle-ci au mieux par du mixte peu difficile, petite goulotte et pente de neige selon les conditions. Gagner ensuite le sommet (4102m, croix) par l’arête souvent sèche dès juillet. 

La descente s’effectue par la voie normale en rejoignant la brèche Lory par un court rappel, puis par la voie normale du Dôme de Neige des Ecrins qui vous ramène sur la partie basse du Glacier Blanc. La descente jusqu’au Pré de Madame Carle est à ne pas négliger, mais

quel bonheur d’enlever enfin ses chaussures après une journée pareille sur un sommet si majeur qu’est la Barre des Ecrins !

 

 TOPO

https://www.camptocamp.org/routes/54390/fr/breche-des-ecrins-couloir-de-barre-noire

https://www.camptocamp.org/routes/54454/fr/barre-des-ecrins-petite-traversee-des-ecrins-par-l-arete-ne

 

3) La traversée des Ailefroides

Et on finit encore par une magnifique traversée, la plus sauvage ! Il faut savoir que l’Ailefroide est en fait constituée de 3 sommets : l’Ailefroide Orientale, Centrale et Occidentale. Il est possible de réaliser la traversée intégrale, course très longue qui nécessite en général 3 jours en aller retour depuis le village d’Ailefroide.

Le plus “souvent”, les cordées effectuent la traversée Orientale - Centrale qui est déjà une course de longue haleine.

L’approche depuis Ailefroide en fond de vallée est la même que pour le refuge du Pelvoux, mais au lieu de bifurquer vers celui-ci il faut continuer le vallon de la Nière vers le refuge du Sélé. Il est conseillé de monter bivouaquer plus haut au dessus de l’ancien refuge ou bien vers 3300m à l’aplomb de l’Ailefroide Orientale afin de gagner du temps sur la journée du lendemain. Cela permet de parcourir le début de la voie normale de l’Orientale, itinéraire peu évident à trouver de nuit. 

Inutile de se réveiller aux aurores, un départ vers 7h est suffisant si vous avez bivouaqué assez haut. La montée à l’Orientale est assez rapide depuis le bivouac, en empruntant la fameuse “Banane”. La traversée commence alors, direction l’Ailefroide Centrale (3927m). Les premières et principales difficultés sont au niveau du Gendarme Noir où l’on retrouve 2 longueurs en bon IV+ à protéger sur coinceurs. A ne pas négliger à presque 4000m, avec le sac à dos et en grosses ! La suite déroule jusqu’à la Pointe Fourastier où il faut grimper 2 longueurs très jolies, surtout la deuxième dans une grande cheminée ! On rejoint aisément la Centrale moyennant quelques pas d’escalade et désescalade sur du rocher “Oisans”. L’itinéraire de descente est peu évident, entre désescalade et rappels pour rejoindre le glacier de l’Ailefroide qui permet de retrouver la voie normale et récupérer le matériel de bivouac laissé le matin. Les 1800m de dénivelé négatif jusqu’au village d’Ailefroide sont très longs,

il peut être judicieux de passer la nuit au refuge du Sélé où Raoul saura vous remettre sur pieds,

ou bien de re-bivouaquer d’autant plus si vous avez fait la traversée intégrale des Ailefroides.

Pour résumer, une course très complète et sauvage, de nombreuses cordées partent en général pour faire l’Orientale, sommet comportant quasiment aucune difficulté technique, mais très peu continuent par la traversée. Un bon sens de l’itinéraire est nécessaire notamment pour la descente de la Centrale, et être à l’aise en escalade, en pose des protections et en progression en corde tendue est primordial.

Bref, encore une course à faire au moins une fois dans sa vie d’alpiniste !

  TOPO https://www.camptocamp.org/routes/55793/fr/ailefroide-centrale-traversee-orientale-centrale

 

 Nous avons choisi de décrire ces 3 courses car elles se déroulent sur les sommets les plus hauts du massif et parmi les plus emblématiques. Il existe une multitude d’autres courses dans les Ecrins, alors c’est le moment d’aller user vos chaussures par là-bas !

Nos descriptions permettent de vous donner un ordre d’idée de l’itinéraire et de vous préparer à ce qui vous attend mais ne sont en aucun cas des topoguides. Procurez vous le topo du massif, intégrez le bien avant de vous lancer dans une course et veillez à bien prendre le matériel nécessaire. (coinceurs/friends, sangles, cordelette en fond de sac, un ou deux brins de corde si rappel…)

 

Photos : Paul Morillon