La Voie des Orgues au Pertuis

30 août 2026
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Grimpeur dans la Voie des Orgues-Topo

Un voyage vertical dans l’histoire de l’escalade annécienne
 

Au-dessus de Dingy-Saint-Clair, le Pertuis constitue l’un des hauts lieux historiques de l’escalade en terrain d’aventure autour d’Annecy. La Voie des Orgues y propose une expérience rare : une longue voie de caractère, sauvage, parfois élégante, parfois franchement rustique, où l’on grimpe autant avec les pieds et les mains qu’avec son sens de l’itinéraire et de l’humour.

Ouverte en 1978 par Daniel Chauchefoin, figure locale et infatigable défricheur, cette voie appartient à une époque où l’on traçait des itinéraires avec beaucoup d’intuition, quelques pitons et une solide capacité à accepter l’inconnu.

À propos des voies de Daniel, certains grimpeurs disaient autrefois qu’il fallait prévoir « un râteau et une bêche » pour aller les parcourir. Les grimpeurs ont toujours eu le sens de la formule, mais parfois un peu moins celui de la reconnaissance envers celles et ceux qui explorent, nettoient et ouvrent de nouveaux passages. Presque cinquante ans plus tard, la Voie des Orgues témoigne toujours du travail et de l’audace de ces pionniers.

Une voie dont les souvenirs grandissent avec le temps

J’avais parcouru la Voie des Orgues avec mon ami Pascal il y a plus de dix ans. J’en gardais le souvenir d’un itinéraire plutôt accessible, presque tranquille.

En y retournant avec Thibault et Martin, j’ai découvert un phénomène bien connu des alpinistes : avec les années, les souvenirs s’adoucissent, mais les prises, elles, ne grossissent pas.

La voie m’a paru nettement plus sérieuse que dans ma mémoire. Il faut dire qu’un sac chargé de goujons, de piolets, d’un marteau, d’une scie et du matériel nécessaire à l’entretien alourdit rapidement l’expérience. En terrain d’aventure, quelques kilogrammes supplémentaires peuvent mystérieusement transformer un V+ historique en longueur particulièrement « intéressante ».

Nous avons repris l’itinéraire pendant une journée de canicule. Grâce à son orientation ouest, la paroi est restée relativement agréable en début de journée. Cette orientation ne dispense toutefois pas de vérifier l’horaire d’ensoleillement, la température et les besoins en eau avant le départ.

Pourquoi parcourir la Voie des Orgues ?

1. Pour découvrir un site historique du terrain d’aventure

Le Pertuis fait partie des falaises emblématiques des environs d’Annecy. Des voies comme le Char à Banc ou le Pilier des Chercheurs d’Or ont vu passer plusieurs générations de grimpeurs.

Beaucoup y ont découvert l’escalade sur protections, la recherche d’itinéraire et les fameuses « prises tiroirs », celles qui bougent suffisamment pour susciter le doute mais pas toujours assez pour que l’on sache quoi en faire.

La plaisanterie veut que l’on puisse parfois ramener une prise à la maison. Dans la réalité, mieux vaut évidemment tester les prises avec prudence, limiter les tractions sur les blocs douteux et rester extrêmement attentif à la présence des autres cordées.

2. Pour son approche presque raisonnable

À l’échelle du Pertuis, l’approche de la Voie des Orgues compte parmi les plus courtes et les plus simples.

Deux styles restent néanmoins possibles :

  • la version précise, en suivant les chemins, les sentes et les passages d’animaux ;
  • la version « sanglier savoyard », consistant à traverser un roncier en affirmant que le passage était évident.

La première solution est généralement préférable.

3. Pour voyager dans l’univers des cotations historiques

Dans les voies de cette génération, le V+ couvre parfois une gamme particulièrement étendue de sensations.

Le principe peut être résumé avec humour :

  • si le passage grimpe, c’est du V ou du V+ ;
  • s’il devient très technique, c’est du VI- ou du VI ;
  • s’il faut s’aider du matériel, on passe en A0 ou A1 ;
  • les subdivisions modernes en a, b et c restent réservées à celles et ceux qui souhaitent poursuivre le débat après la sortie.

Ces indications doivent être interprétées avec prudence. Dans une voie ancienne, la difficulté ressentie dépend du rocher, de l’équipement en place, de la qualité des protections, de la recherche d’itinéraire et de l’état du terrain.

4. Pour l’ambiance du massif des Bornes

La Voie des Orgues propose une véritable ambiance de grande voie : piliers, dalles, dièdres, cheminées, vires herbeuses et grotte caractéristique.

L’appellation « Bornes » est souvent rapprochée de termes anciens évoquant une source, un trou, un passage resserré ou une cheminée. Sans prétendre trancher ici la question étymologique, il faut reconnaître que la géographie du secteur donne tout son sens à l’idée de passages rocheux étroits.

5. Pour une aventure qui reste authentique

Lors de notre passage, nous avons renforcé certains relais et ajouté huit goujons au total, répartis sur les relais et quelques passages des longueurs.

Cela ne transforme pas la Voie des Orgues en voie sportive. Elle reste un itinéraire en terrain d’aventure, avec du rocher parfois mauvais, des sections herbeuses, des pitons anciens, des protections à compléter et une recherche d’itinéraire réelle.

Le nouvel équipement constitue une aide ponctuelle, pas une sécurisation intégrale.

Accès et approche

Depuis Dingy-Saint-Clair, gagner les hameaux de Curtills, puis de La Frasse.

Suivre le chemin forestier menant en direction du Cudry, puis poursuivre vers le col du Pertuis. Aux environs de 1 350 mètres d’altitude, quitter le sentier et longer la base de la falaise.

Passer sous la Croix Bouvier et continuer en direction de la grotte à Potin.

Compter environ 1 heure d’approche, voire davantage selon la connaissance du secteur, l’état des sentes et l’option choisie.

L’attaque de la voie se situe dans un dièdre gris d’une vingtaine de mètres, environ 20 mètres à droite du fil du pilier, sous un énorme toit très caractéristique.

Le topo historique mentionne un piton avec une cordelette à une quinzaine de mètres du sol. Un goujon est désormais visible dans cette première longueur et peut aider à repérer le départ.

Attention : l’approche se déroule dans un terrain forestier et rocheux où les traces peuvent être peu marquées. Une préparation cartographique sérieuse reste nécessaire. Les coordonnées et le tracé précis doivent être contrôlés avant toute publication destinée au grand public.

Topo détaillé, longueur par longueur - Télécharger le topo photo

L1 : attaque à R1

Remonter le dièdre gris et poussiéreux jusqu’au piton situé à droite, dans la dalle.

Le passage est donné historiquement autour de V à V+, avec une difficulté ressentie pouvant approcher le 6a selon les conditions et les habitudes de cotation.

Gravir la dalle sur environ 3 mètres, autour de V à 6a-, puis traverser vers la droite dans un passage délicat, coté historiquement V+ ou VI-.

Poursuivre dans un dièdre qui se redresse, autour de V à V+, puis se rétablir sur une terrasse située à gauche d’une vire herbeuse comportant une grotte et un sapin.

Installer R1 sur la terrasse.

Il est possible de poursuivre directement jusqu’à R2 si la gestion du tirage, la longueur de corde et la communication au sein de la cordée le permettent.

Ambiance : entrée en matière directe, recherche de placements et premières négociations avec les cotations historiques.

L2 : R1 à R2

Depuis R1, remonter un mur délité coté environ IV.

Rejoindre un premier sapin, puis gagner une terrasse située sur la gauche, également occupée par plusieurs arbres.

Installer R2 sur la terrasse.

Vigilance : le rocher est délité. Tester les prises, grimper avec précaution et éviter de stationner directement sous le leader.

L3 : R2 à R3

Continuer vers la gauche, au-dessus d’un petit sapin, dans un mur où le rocher devient globalement meilleur.

Remonter ce mur, coté environ IV+, puis revenir d’environ 2 mètres vers la droite.

Poursuivre jusqu’à une petite vire, avec un passage autour de V+. Un sapin permet de repérer la zone du relais.

Installer R3 sur la petite vire.

Ambiance : une longueur variée qui demande de bien lire le terrain pour éviter de se laisser attirer trop loin d’un côté ou de l’autre.

L4 : R3 à R4

Depuis la partie gauche de la vire, s’élever droit dans le mur.

Continuer dans une sorte de pilier ou de dalle relativement esthétique. Le rocher y est plus compact et de meilleure qualité. C’est l’une des belles longueurs de l’itinéraire.

Les difficultés historiques sont données autour de V, A1, VI- puis V+, selon la méthode utilisée et la capacité à franchir les passages en libre.

Installer R4 sur une bonne terrasse, sous un bombement. Le relais comporte un goujon.

Ambiance : une vraie longueur d’escalade, plus compacte, qui récompense les efforts consentis dans les sections précédentes.

L5 : R4 à R5

Continuer droit au-dessus du relais sur environ 4 mètres.

Ce passage se franchit en A0 ou A1 selon l’équipement, les possibilités du moment et la méthode choisie.

Traverser ensuite vers la droite dans un passage délicat coté environ V+.

Poursuivre dans une dalle autour de V, puis suivre une vague vire repartant vers la gauche. La vire devient déversante et présente une difficulté autour de V+.

Rejoindre R5, relais inconfortable comportant un goujon.

Ambiance : une longueur technique et peu reposante, où la gestion du tirage et des protections prend toute son importance.

L6 : R5 à R6

Depuis le relais, traverser d’abord d’environ 3 mètres vers la gauche, autour de V.

S’élever ensuite dans de belles dalles sur environ 15 mètres. La difficulté se situe autour de V+, sur un rocher globalement bon.

Passer le fil du pilier, puis installer R6 à gauche, dans une niche comportant un sapin incliné.

Ambiance : l’une des plus belles sections de la voie, avec une escalade en dalle et une atmosphère plus aérienne.

L7 : R6 à R7

Monter sur le sapin.

Oui, le sapin fait ici partie intégrante de l’itinéraire. Les ouvreurs avaient manifestement une conception très large des prises naturelles.

Poursuivre dans le dièdre situé au-dessus. Le rocher y est mauvais, voire très mauvais par endroits. Les difficultés sont données autour de V+ puis IV+.

Continuer au mieux dans des gradins herbeux délicats, autour de IV.

Installer R7 sur une vire herbeuse située à droite du fil du pilier.

Vigilance majeure : cette longueur cumule rocher médiocre, végétation et progression atypique. Elle exige une grande prudence. Les chutes de pierres ou de mottes peuvent concerner toute la cordée et d’éventuelles cordées situées plus bas.

L8 : R7 à R8

Remonter une cheminée située sur la gauche.

La cheminée est fermée par un toit que l’on contourne par la gauche, dans un passage autour de V-.

Suivre ensuite le fil du pilier, avec une difficulté qui diminue autour de IV-, puis rejoindre une terrasse herbeuse.

Installer R8 sur la terrasse.

Ambiance : retour à une escalade plus classique, avec une sortie de cheminée et une progression plus facile sur le fil.

L9 : R8 à la sortie

Depuis R8, traverser vers la gauche. La grotte doit devenir visible et sert de repère pour la suite.

Rejoindre un petit mur ou un dièdre coté environ IV+ à V. Ce passage mène à une nouvelle terrasse herbeuse.

Remonter la terrasse jusqu’à atteindre la grotte qui a donné son nom à la voie.

Entrer au fond de la grotte, puis partir vers la droite pour rejoindre une vire. Un relais intermédiaire peut être installé si nécessaire.

Emprunter ensuite la cheminée qui prolonge la grotte, avec des passages autour de IV+ à V et la présence de pitons.

Continuer vers la droite pour gagner les prairies sommitales.

Le tracé photographique récent matérialise un relais R9 sur un arbre, avant les gradins faciles conduisant à la sortie.

Ambiance : une conclusion originale et spectaculaire, au cœur de l’identité de la voie. La grotte apporte une vraie personnalité à l’itinéraire, mais nécessite de rester attentif au cheminement.

Sortie et descente

Depuis la crête, descendre à travers les lapiaz boisés, dans un vague vallon orienté vers le nord.

La progression peut être délicate en raison du relief calcaire, de la végétation, des trous et de la présence possible de terrain glissant. Une attention particulière est nécessaire lorsque le sol est humide ou lorsque la visibilité est réduite.

Rejoindre les chalets du Pertuis, situés à environ 1 582 mètres d’altitude.

Gagner ensuite le col du Pertuis, à environ 1 565 mètres, puis suivre le sentier en direction de La Blonnière ou emprunter son embranchement vers La Frasse, selon l’organisation prévue pour le retour.

L’horaire historique indique environ 1 h 15. En pratique, compter approximativement 1 h à 1 h 30, voire davantage selon :

  • la connaissance de la descente ;
  • l’état du terrain ;
  • la visibilité ;
  • la fatigue de la cordée ;
  • l’option de retour choisie.

La descente fait pleinement partie de la course. Elle doit être repérée et préparée avant le départ. Dans les lapiaz boisés, un GPS ne remplace ni l’observation du terrain ni l’expérience de l’orientation.

Niveau et expérience nécessaires

La Voie des Orgues ne s’adresse pas uniquement à un grimpeur capable de franchir du V+ ou du 6a en salle ou en falaise sportive.

Pour parcourir cet itinéraire en autonomie, il faut notamment savoir :

  • grimper dans du rocher de qualité variable ;
  • évaluer la solidité des prises ;
  • poser et contrôler des protections amovibles ;
  • utiliser des pitons anciens avec discernement ;
  • construire ou renforcer un relais ;
  • gérer le tirage de la corde ;
  • progresser dans des sections herbeuses ou arborées ;
  • lire un itinéraire peu équipé ;
  • gérer une éventuelle retraite ;
  • évoluer sans provoquer de chute de pierres ;
  • s’orienter pendant l’approche et la descente.

Une marge technique importante par rapport à la cotation annoncée est recommandée.

Matériel personnel à prévoir

Cette liste reste indicative et devra être adaptée à l’état actuel de l’itinéraire, aux choix du guide, à la météo et au niveau d’autonomie de la cordée.

Matériel technique individuel

  • Casque en bon état, 
  • Baudrier en bon état,
  • Chaussons d’escalade confortables
  • Magnésie
  • Longe réglable type Adjust ou équivalent, en bon état 
  • Descendeur tube type Reverso, en bon état 
  • Cordelette autobloquante ou système équivalent, en bon état 
  • 1 sangle de 120 cm, en bon état 
  • 2 mousquetons à vis, en bon état 

Équipement collectif de cordée

À déterminer selon la reconnaissance la plus récente :

  • corde ou cordes adaptées à la longueur des longueurs et aux possibilités de retraite ; 2* 50m minimum
  • dégaines, dont plusieurs dégaines rallongeables ;
  • sangles pour les arbres et les lunules ;
  • jeu de coinceurs mécaniques ; 
  • jeu de coinceurs câblés ;
  • mousquetons supplémentaires ;
  • matériel de réchappe ;
  • trousse de secours ;
  • moyen de communication chargé ;
  • topo et support cartographique hors connexion.

 

Marche d’approche et effets personnels

  • Sac à dos de 20 à 30 litres
  • Chaussures d’approche adaptées au terrain forestier et rocheux
  • Bâtons pliables éventuellement, surtout pour la descente
  • Vêtements adaptés à la saison et à l’orientation ouest
  • Veste imperméable et coupe-vent
  • Frontale, même pour une sortie prévue à la journée
  • Eau, au minimum 1,5 à 2 litres selon la chaleur
  • Barres énergétiques et vivres de course
  • Crème solaire
  • Lunettes de soleil
  • Pharmacie personnelle
  • Téléphone chargé
  • Batterie externe recommandée
  • Couverture de survie
  • Un peu de papier toilette ou des mouchoirs

 

Sécurité et conditions

La Voie des Orgues est une course de montagne en terrain d’aventure. Même si certains relais ont été renforcés et que quelques goujons ont été ajoutés, elle ne doit pas être considérée comme une voie équipée.

Les principaux points de vigilance sont :

  • le rocher délité dans plusieurs sections ;
  • les chutes de pierres provoquées par les cordées ;
  • la végétation et les gradins herbeux ;
  • l’état des pitons anciens ;
  • l’espacement des points ;
  • la nécessité de compléter les protections ;
  • la recherche d’itinéraire ;
  • l’orientation dans l’approche et la descente ;
  • le risque d’orage ;
  • la chaleur sur une paroi orientée à l’ouest ;
  • l’humidité possible dans les cheminées et la grotte ;
  • la difficulté d’une retraite après certaines longueurs.

 

Découvrir le terrain d’aventure avec le Bureau des Guides d’Annecy

Parcourir une voie historique, ce n’est pas seulement enchaîner des longueurs. C’est apprendre à lire le rocher, choisir ses protections, gérer une cordée, comprendre l’histoire d’un itinéraire et s’adapter à un environnement qui n’a pas été entièrement aménagé.

Accompagné par un professionnel diplômé, un projet au Pertuis peut permettre de travailler :

  • les techniques de grande voie ;
  • la pose de coinceurs ;
  • la construction et le renforcement des relais ;
  • la lecture d’itinéraire ;
  • la gestion du tirage ;
  • la progression dans du rocher variable ;
  • l’anticipation des risques objectifs ;
  • les techniques de réchappe ;
  • l’organisation d’une journée en terrain d’aventure.

Entre lac et montagne, le Bureau des Guides d’Annecy propose un accompagnement adapté au niveau et aux objectifs de chaque cordée. Le choix définitif de l’itinéraire reste soumis aux conditions du moment, à la météo, à l’expérience des participants et à l’évaluation du guide.

En résumé

La Voie des Orgues ne cherche pas à séduire par un équipement abondant ou un rocher parfait du premier au dernier mètre.

Elle propose autre chose :

  • une page de l’histoire de l’escalade locale ;
  • une vraie aventure au Pertuis ;
  • quelques très beaux passages ;
  • une grotte étonnante ;
  • un sapin officiellement intégré au programme ;
  • des cotations historiques pleines de caractère ;
  • et probablement quelques souvenirs qui deviendront plus faciles avec les années.

Une voie authentique, sérieuse et attachante, à aborder avec expérience, humilité et une petite réserve d’humour.

Envie de découvrir l’escalade en terrain d’aventure autour d’Annecy ? Contactez le Bureau des Guides d’Annecy pour construire une sortie adaptée à votre niveau, à vos objectifs et aux conditions du moment.

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